La page Facebook de l’ambassade de France en Egypte a publié une photo de la diva Oum Kalthoum en commémoration pour sa disparition, au mois de février il y a près d’un demi-siècle. La photo est un cliché pris lors de son unique concert en Europe plus précisément à l’Olympia à Paris en 1967.
“La dame”. C’est ainsi que l’on la surnomme. Voix immortelle, notoriété qui lui a valu d’être qualifiée comme étant la “quatrième Pyramide”, Oum Kalthoum est entourée- jusqu’à nos jours, plus d’un demi-siècle après sa disparition d’une auréole qui reflète l’ampleur de la légende entourant la grande cantatrice. Une des voix uniques sur la scène arabe, les échos des timbres de la voix d’Oum Kalthoum retentissent encore et à jamais. Mais la légende a toujours sa part de mystère. “La dame” a ses opinions politiques, sa personnalité forte et idépendante, son charme et son caractère imposant.
Pourquoi l’a-t-on appelée “La star de l’Orient”? Plusieurs raisons. En plus de sa célébrité et de son emprise grâce à la beauté de sa voix, Oum Kalthoum est en fait l’étoile qui brillait dans le ciel de chacun des ses admirateurs.
Par sa féminité et la noblesse de son caractère, elle était “la Dame” qui impressionnait et ennivrait les grands de la haute classe, sans pour autant toucher à son respect. Un respect que l’on considérait comme quasi-mystique.
Le plus imposant de ses surnoms est celui de “la quatrième Pyramide”. Une part de l’éternité. Entre ombre et lumière, la vie d’Oum Kalthoum demeure, à part connue, et à d’autre mystérieuse avec une voix intacte et fort charmante. Comment non, alors que partout où vous vous trouvez dans le monde arabe, vous entendrez certes retentir sa voix cantonnant une des ses fameuses chansons. Dans un taxi, ou un bus, dans les rues, dans les cafés ou les restos, ici au Caire, où en Syrie, au Liban... en Tunisie ou à la presqu’île arabe, sa voix est un culte inimitable auquel presque tout le monde éprouve une fidélité indéfectible.
Les cafés qui portent le nom “Oum Kalthoum” sont nombreux. Intellectuels, écrivains et poètes disaient à propos d’Oum Kalthoum que “les grandes voix de ce monde prennent souvent sources dans les hauteurs divines”. Dans ses chants, elle exprimait les émotions les plus ardentes et les plus réprimées, ainsi que les élans les plus refoulés... seulement par sa voix qui touchait un grand public et qui continue à le faire.
Sa voix se reproduit donc à l’infini ici en Egypte aussi bien que dans d’autres pays. Ce rendez-vous de tous les 1ers jeudis du mois est un immuable à la radio et une pratique agréable. Omniprésente, sans égal, Oum Kalthoum exerce son charme sans partage au fil des années. Ses chansons expriment souvent le parcours de sa vie. N’est-ce pas que le fameux poète Ahmed Rami lui avait écrit de nombreuses chansons (environ 137 chansons) qui exprimaient l’amour brûlant sans espoir, qu’il éprouvait à son égard. Toutefois, il ne pouvait s’éloigner d’elle, comme si obsédé sans pouvoir se défaire, peut-être tout comme ses millions d’admirateurs et d’adorateurs. Une dépendance éternelle dont personne ne pouvait et ne peut s’en passer. Oum Kalthoum est née dans une famille simple à Tamay Al-Zahayra, un petit village du Delta du Nil. Modeste famille mais ayant la noblesse de la haute classe. Son père, Ibrahim Al-Beltagui, est un “muncid” lui avait enseigné la cantillation coranique. Elle accompagnait donc son père et son frère Khaled pour animer les cérémonies de mariage dans les campagnes environnantes. Habillée en bédouin, Oum Kalthoum était fameuse pour sa tenue. Dès son jeune âge, sa réputation est faite. C’est le “rossignol” du Delta, disait-on.
L’honoraire qu’elle touchait était de simples gateaux en fin de la soirée. Un peu plus tard, ce sont quelques piastres. Mais sa voix lui ouvrit plusieurs portes pour se forger une carrière et un avenir glorieux et un destin éternel. Les historiens racontent que le chanteur Cheikh Abou el Ala Mohammed et le joueur de oud Zakaria Ahmed l’invitent au Caire où elle se produit dans l’hôtel particulier d’un riche commerçant. Mais ce n’est que 3 ans plus tard, en Septembre 1923, qu’elle s’installe finalement, et définitivement, dans la capitale, sous la protection de Zakaria Ahmed et d’un imprésario, Sadik Ahmed.
Sa gloire passe par sa rencontre dans les années 20 avec quelques grands musiciens comme Mohammed Kasabgi et par son initiation à la grande culture portée par les poètes établis comme Ahmed Shawqi et les jeunes auteurs d’avant garde, tel Ahmed Rami, qui traduit pour elle des vers d’Omar Khayyam où s’exaltent l’ivresse et les plaisirs. « Là où une chanson durait généralement 15 à 20 minutes, avec Oum Kalsoum, qui improvisait entre chaque couplet, ça pouvait durer une heure ou plus. C’était la seule à pouvoir faire ça » disait le compositeur Mohammed Al Mogi. Alors que Naguib Mahfouz écrit : “La seule à faire durer le tarab, jouissance esthétique et stade suprême du ressentir musical, au-delà du raisonnable. Selon Naguib Mahfouz : « Personne mieux qu’elle ne personnifie le tarab ». Et il disait : « C’était une forteresse, elle ne répondait jamais au téléphone, répugnait à accorder des interviews, avait très peu d’amis. On ne savait pas grand chose sur elle. Sa maison était entourée de hauts murs et il était difficile de percer son intimité.» Un article sur le site “Les Inrockuptibles” souligne : “Toujours de mise fort stricte, coiffée de son légendaire chignon et portant des lunettes noires, sa garde-robe rivalisait malgré tout avec celles de certaines reines. Son austérité l’éloignant du luxe ostentatoire, elle ne portait aucun bijou…à l’exception notable de diamants, seules pierres dignes de la pureté de son timbre.” Tout comme Oum Kalthoum avait fréquenté certaines personnalités du palais et chanté pour le couronnement du Roi Farouk, elle est devenue l’égérie du régime nassérien après la révolution de 1952.Conservatrice, progressiste, et surtout Egyptienne avant tout. Après la défaire de l’Egypte en 1967, Oum Kalthoum se produit dans les capitales arabes, et à Paris- seul concert occidental de sa carrière- pour renflouer les caisses de l’Etat. En 1975 , ses obsèques seront aussi son plus grand concert, réunissant plusieurs millions d’Egyptiens, donnant lieu à des scènes de détresse collective, chacun vivant sa perte comme un drame intime. Des hauts parleurs disséminés dans les avenues du Caire, d’Alexandrie et de toutes les grandes villes diffusèrent certaines chansons de cette femme “talisman”.
Une omniprésence et une “omniscience”!
Un grand art populaire qui s’épanouit avec une voix intuitive et imposante. Oum Kalthoum continue à charmer et à influencer. Beaucoup en ont parlé. « Elle fut une femme symbole de son siècle, passant de la ruralité aux salons francophones sans renier ses origines ni sa culture traditionnelle » souligne Frédéric Lagrange, spécialiste de la Renaissance khédivale. « Elle parlait aux Princes comme aux gens de la rue » confirme le Nobel de Littérature Naguib Mahfouz dans un film réalisé vingt ans après la mort de la Dame par Simone Bitton. « Et aujourd’hui grâce à elle les paysans analphabètes récitent des vers raffinés, les nationalistes glorifient la langue, les mystiques entrent en transe et les femmes cloîtrés rêvent d’amour galant. » Quelle meilleure définition de l’omniscience !